1977 - Florac - une porte largement ouverte sur l'avenir

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Au Mont Aigoual, quelques secondes d'hésitation avant de plonger dans la grisaille


 

Victoire de J.P. Bourcier

devant C. Letartre

1977 Les 120 km de FLORAC

 

Une porte largement ouverte sur l'avenir

Les échos recueillis la veille de la course étaient favorables. Une réunion d'information avait rassemblé au château de Florac organisateurs et cavaliers. Le plan de la course avait été soumis à ces derniers ainsi que des échantillons du très sérieux balisage, les courbes de dénivelés, etc.

Deux choses restaient un peu inquiétantes: le départ devait avoir lieu en groupe, et les étapes, de longueurs très inégales, laissaient des distances considérables entre les contrôles .du milieu de la course. Dans le dortoir de l'Auberge cavalière où je couchais ce n'est pas ce qui m'empêcha de dormir mais plutôt le bruit de moteur d'un Parisien au ronflement indestructible. A l'aube devant la gare désaffectée qui servait de P.C. on attendait que le départ fût donné. La gendarmerie était là mais à cette heure un samedi le trafic était nul. Seules les voitures d'accompagnateurs, de liaison ou de prise de vues (la TV y était), mettaient une animation mécanique.

Première découverte: sous les platanes qui dominent le Tarnon sont alignés plusieurs dizaines de boxes faits de rondins et protégés par des bâches. Grâce à cela tous les participants quadrupèdes pouvaient loger à quelques mètres du départ.

En dehors de la gendarmerie les organisateurs se sont assurés le concours de l'E.D.F. et de ses voitures radio, ce qui fait que dès le départ la liaison est garantie avec tous les postes de contrôle. Une voiture balai et les véhicules de la gendarmerie complèteront le dispositif, sage précaution quand on sait que le parcours fait très exactement 127 km et pas moins de 3 900 m de dénivelés !

 

- Florac: altitude 546 m, Barre des Cévennes ': 915 m (1 er contrôle, 3/4 h, arrêt).

- Barre, Marquaires 1 010 m, Tarnon 953 m, Mt Aigoual 1 565 m, Meyrueis 712 m, (2e contrôle, 3/4 h, arrêt).

- Meyrueis, Drigas 1 040 m, Ravin 860 m, Le Tomple 976 m, Ispagnac 511 m, (3e contrôle, 3/4 h, arrêt).

- Ispagnac, Biesset 620 m, Florac 546 m (arrivée).

Parmi les participants ce qui frappe c'est l'excellent aspect des chevaux et la dominante très nette des petits gabarits. Malgré la pénombre on distingue vite le chanfrein concave des Arabes.

A 6 h 35 avec seulement 5 minutes de retard le départ est donné aux 30 cavaliers. Les échos de la ruée nantaise auraient-ils porté jusqu'ici? Quelques-uns démarrent au trot, d'autres au pas, certains à pied à côté de leur cheval. Un fou s'élance au galop, tout seul, comme s'il fuyait la compagnie des autres. A croire qu'il en faut toujours un ! Bref un départ en groupe réussi.

Dès Barre des Cévennes il y a 34 minutes d'écart entre premier et dernier. Sur place une petite foule de curieux attend. Trop importante et trop curieuse. Tout au long de la journée les organisateurs comprendront qu'il faut absolument mettre des barrières matérielles pour isoler la course de son public.

Les arrêts doivent être des lieux de. contrôles et de récupération, non une foire où chevaux et cavaliers sont pressés de toute part et les vétérinaires incapables de travailler normalement.

Mais ceux-ci sont nombreux, neuf au total, et chacun a une secrétaire qui note pulsations et respiration. Au départ chaque cavalier avait reçu dans une poche plastique une fiche, permettant de noter temps et constatations vétérinaires; à présenter à chaque contrôle. Un habitué de ces courses qui avait engagé trois chevaux rouspétait contre ce papier qu'on ne savait où mettre, qu'on allait forcément perdre, etc. Personne ne l'a perdu et c'est une excellente initiative. Mais vous savez ce que c'est: la rouspétance Gauloise a priori...

 

Après Barre et ses 450 m de dénivelé, l'étape suivante qui passe par le sommet du Mont Aigoual, c'est le morceau sérieux de la course, celui qui à mi-chemin achèvera de classer les concurrents, les bons et les moins bons, ceux qui se sont entraînés et les autres. Normale avec 20 km, la première étape a paru courte à tout le monde. Par contre Meyrueis semble bien loin derrière l'Aigoual à 56 km par une piste montant et descendant de 2080 m "Plaisantins s'abstenir", devrait-on écrire sur le programme.

 

Comment peuvent-ils trouver leur route ?

La montée en voiture vers celui qu'on nomme le château d'eau des Cévennes, d'où la vue par beau temps va des Pyrénées aux Alpes et à la Méditerranée, nous plonge dans une certaine inquiétude pour les cavaliers. Dès mille mètres nous rentrons dans les nuages et devons naviguer à (courte) vue dans un brouillard qui laisse tout juste une dizaine de mètres de visibilité. Au sommet un vent hivernal humide et froid souffle sans arrêt avec force.

Presque surpris nous voyons surgir les premiers cavaliers tels des fantômes aussitôt engloutis par la brume. Comment diable peuvent ils trouver leur route?

A Meyrueis tout est prêt pour les accueillir après cette dure épreuve: chronométreurs, vétérinaires, maréchaux-ferrants, soigneurs.

Pratiquement les jeux sont faits, Les deux premiers se suivent à quelques secondes et précédent' les autres de dix minutes, écart difficile à combler.

Les liaisons radio fonctionnent. Une Méhari transformée en contrôle central abrite le chef chrono qui centralise tous les temps sur un grand tableau. Tout marche sans à coups.

C'est ensuite le Causse Méjean et ses immenses espaces. Le vent souffle toujours mais le soleil est revenu. C'est une longue étape de 41 km où le terrain égal sur une grande distance pourrait inciter à pousser un cheval ayant encore de bonnes réserves. S'ils ont le sens de leur cheval et assez de raisons les concurrents ne commettront pas cette erreur fatale. En cela le Causse est un tronçon très intéressant. Situé à un peu plus que mi course avec 340 m de montée au départ et 500 m environ de descente à l'autre bout c'est le parcours où un cheval bien mené doit sans trop de peine assurer son rythme et parvenir au contrôle avec une avance consolidée sur les autres:

C'est ce qui se passe finalement. Ispagnac les deux premiers (305 et 315) se tiennent toujours à quelques secondes. Ils ont semé les autres. L'écart de 10 minutes de Meyrueis est devenu 1/4 d'heure. Ils ont partie gagnée, mais Les vétos en discutent. On pourrait ouvrir des paris bien incertains. Les rythmes cardiaques, l'examen des yeux, l'apparence extérieure, rien n'est décisif. On sait toutefois que les deux cavaliers ont le sens des réalités et on peut espérer de leur part l'ultime sagesse.

Espoir confirmé. Ils passeront 38 minutes plus tard la ligne d'arrivée à Florac (étape de 10 km), l'un derrière l'autre avec le même écart qu'à Ispagnac.

 

L'épreuve sans conteste la plus dure de la saison est remportée par un cheval sans grade, Tonnerre, monté par son propriétaire J-P Bourcier. La 2e, Mme Chrystel Letartre montait Candy, qui lui appartient. Le 3e, J-P Falque sur son P.S. Arabe Port-Saïd, a terminé à 1 h 30 derrière les premiers. J'ajoute ici que leur victoire pour ètre confirmée impliquait que le lendemain matin à 9 h ils prissent le départ pour une boucle de 25 km parcourue à vitesse imposée de 9 km/h environ: C'était une épreuve de bonne santé destinée à prouver leurs qualités de récupération. Ils furent 12 à y participer et à démontrer que leurs cavaliers ne les avaient pas "crevés". Une idée excellente dans son principe qui mérite d'être retenueLe temps frais et couvert le samedi jusqu'à midi a favorisé les montures leur épargnant l'épreuve de la chaleur. Nombreux étaient les concurrents assez sages pour faire de longues périodes de pas, ou bien pour marcher ou courir à côté de leur cheval afin d'en économiser les forces.

Il est apparu cependant que la plupart des chevaux manquent encore d'entraînement, ce que leurs qualités naturelles ne sauraient compenser. Lorsqu'ils auront subi pendant deux ou trois mois en entrée de saison une mise en forme méthodique et que leurs cavaliers arriveront en course avec une idée précise du rythme, des dosages d'allures et des réactions physiologiques de leurs montures une telle course sera encore plus passionnante car les concurrents se tiendront de plus près. Des Arabes comme Port-Saïd seront alors infiniment plus dangereux et leur nombre augmentera dans le peloton de tête et aux toutes premières places.

Le n° 305 déjà en tête avant Barre-des-Cévennes

Mais on verra aussi des chevaux à l'origine inconnue comme Tonnerre se faire une place parmi les meilleurs. C'est un des facteurs les plus souhaitables des courses d'endurance. Elles doivent être ouvertes à tous sans distinction. A quoi bon favoriser de nouveaux sports si c'est pour maintenir les sectarismes du passé ?

Quand à l'influence de. Florac sur les autres courses elle devrait être très bénéfique à condition qu'un peu partout en France oh sache ouvrir les yeux et prendre des leçons.

Le règlement avait été bien pensé. Une erreur cependant: avoir fixé, le jour de la course, l'heure limite d'arrivée à Ispagnac. Même pour d'excellentes raisons, comme celle d'éviter une fin de parcours de nuit, cela ressemble trop à un fait accompli ressenti par certains comme une brimade. Nous en reparlerons.

Il y eût aussi une contestation autour d'un poney accepté comme tel l'an dernier et qu'on trouva trop grand cette année (il a 9 ans). Toisé avec une toise de fortune il a été refusé dans sa catégorie alors qu'il est inscrit dans les engagés comme New-Forest et qu'il en a les papiers d'origine. Si l'usage d'une toise sérieuse est indispensable à l'avenir, il semble difficile de contester le classement poney à un animal qui a des papiers et qui ne dépasse pas le maximum exigé de sa race.

Le balisage très bien fait était excellent en nombre et en qualité des supports. Il a subi avant la course les déprédations de la part de ceux qui, dans la région, nourrissent des ressentiments contre le parc national des Cévennes et peut-être contre les "envahisseurs étrangers". Et si demain on vient dans "leur" pays en plus grand nombre parce qu'on l'apprécie l'activité économique de "leur" pays, préfèreront-ils rester repliés sur leur "quant-à-soi" ?

Les vétérinaires nombreux, auraient, semble-t-il, gagné à être coiffés par un veto chef. Les contrôles ont été faits suivant des normes pré-établies: températures prises la veille avec examen complet (on n'a sans doute pas attaché encore assez d'importance aux pieds et ferrures), contrôles des pouls et respirations, examens des tissus conjonctifs des yeux. Nous y reviendrons ultérieurement car .il y avait des tentatives intéressantes dans ces divers contrôles.

L'arrêt de 3/4 d'heure s'est avéré un peu trop long surtout du fait que les chevaux n'avaient pas d'abri suffisant contre le vent frais qui soufflait (Meyrueis et Ispagnac). D'où un risque de refroidissement.

Une course éducative pour les organisateurs

L'équipe d'organisateurs était importante avec une bonne répartition des tâches. Vétérinaires et commissaires étaient secondés de secrétaires. Des badges permettaient de savoir les noms et fonctions de chacun. Toutes les données étaient collectées et couchées sur tableaux. A Florac les renseignements parvenaient régulièrement et les panneaux des résultats tenus à jour contrôle aprês contrôle permettant à tous de connaître ordre des chevaux, temps, écarts, etc.

Bref, à l'inverse de Rodez, Florac fait figure d'épreuve adulte, pensée par des gens consciencieux, attentifs à bien faire. N'ont-ils pas prévu de. demander à tous ceux qui ont participé ou suivi de près, de faire connaître leurs critiques et suggestions ? Il y a certes encore à faire, mais je n'insisterai pas sur les détails afin de ne pas tenir un tableau largement positif. On dira que par rapport aux courses précédentes (j'exclue Romans car je n'y étais pas) il n'était pas tellement difficile de faire mieux. Bien sûr tout est relatif, mais j'ajouterai que, pour faire mieux' encore, les organisateurs de la course de Montcuq (29-30 octobre) devront se surpasser. Ils étaient à Florac et ils ont pu s'en inspirer. Souhaitons-le car, ainsi, 77 se terminera d'une manière pleinement rassurante pour l'avenir.

Charles DANNE

Sources : archives de D. Letartre




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